Vol en conditions extrêmes

par Norbert MOSSON

J'ai profité d'un WE avec une météo assez bizarre pour essayer le HM14 par vent fort. Non pas pour moi l'idée quelconque d'une vantardise, ce qui est complètement déplacé en aéronautique où la sécurité prime sur tout, mais je pense utile d'apporter cette expérience sur ce type de vol en conditions extrêmes avec un Pou.

Tout d'abord, ne volez jamais dans des conditions que vous n'êtes pas sûr de maitriser, soit par à cause de votre niveau de pilotage (il faut savoir rester modeste), soit à cause des limitations de la machine. Le vol par grand vent s'apprend, comme tout autre vol en conditions particulières, sauf qu'il n'existe pas de qualification comme pour le vol en montagne ou PSV.

J'ai pas mal pratiqué le vol par vents forts (j'entends un vent fort par un vent qui souffle à plus de 40 km/h) en planeur, en pente ou en onde, avec des machines souvent en bois et pas plus lourde qu'un HM14. Depuis le début de l'année, la météo d'Italie centrale est très humide et ventée, avec souvent un vent traversier soutenu, pas forcément fort (15 à 20 km/h), mais à 90° de l'axe, donc interdisant tout décollage. Par contre, ce WE, le vent n'était pas à 90°, mais à environ 30° de l'axe, soit une composante de face suffisante et avec une dérive potentielle opposée aux installations permettant un décollage en sécurité. Force du vent? difficile à dire, mais fort.

Dépliage des ailes et préparation sous le vent d'un hangar, bien à l'abri, puis zouu, on s'installe.

Première indication, le manche débloqué, l'aile s'agite déjà toute seule... Ne pas lâcher le manche donc. Roulage sans problème, le HM 14 n'est pas sensible au vent arrière grâce à la forte charge sur la roulette de queue (plus de 35kg) et le centre de gravité très bas, contrairement à beaucoup d'autres avions sous ces même conditions. Un autre HM type 293 ou 360 serait certainement plus délicat, car CG plus haut. Alignement sur la piste, manche tout avant pour rester plaqué au sol. C'est le GROS avantage de l'aile vivante.

L'anémomètre s'excite déjà, mais je ne le regarde pas vraiment. Allez, montée d'adrénaline et mise des gaz, toujours manche plein avant. Aucun problème pour garder la trajectoire malgré une composante traversière non négligeable, puis on tire d'un coup et hop, le Pou est en l'air, et vite au dessus des balises bordant la piste. Correction de la dérive en une fraction de seconde pour suivre l'axe... Quel axe? l'appareil est presque immobile, face au vent, et monte tranquilement comme un ascenseur. Même impression qu'en planeur en onde basse, sauf que la montée se fait au moteur. à 300m, j'atteint le bout de piste, quand même, et j'accèlère un peu. 100 km/h au badin et... 30 à 40 au GPS, soit entre 60 et 70 km/h de vent établi et bien laminaire venant de la mer, aucune turbulance, c'est magique. Au décollage, il y avait donc 30 km/h en composante latérale et environ 50 km/h dans l'axe. Normal que dès en l'air, la dérive se fasse sentir.

Toujours face au vent, je monte jusqu'à 500m et me décale légèrement pour suivre une route parallèle à la mer. Paysage sublime car la mer est très houleuse, avec des crêtes d'écumes sur toutes les vagues. Il y a quelques surfeurs (pas vu Brice de Nice...) sur des rouleaux d'un bon mètre, et aussi des kite surfeurs. Vitesse: 10 km en un bon gros quart d'heure, dans un vent parfaitement laminaire, c'est l'avantage du vol en bord de mer. Allez, on essaie un virage. Wahoo, il embarque vite si on incline (aile hate côté vent), attention donc. Virage en table de bistro sous vitesse réduite pour garder un rayon raisonable et le GPS indique très vite un bon 130 km/h, alors que je ne vole qu'à 70... Les 10km sont passé le temps d'un claquement de doigt, voici le terrain donc virage pour ne pas le dépasser, cette fois serré car aile basse au vent, moteur à fond, pour se remettre face au vent avec une vitesse raisonnable. Après quelques autres exercices identiques, toujours sportifs mais non stressant car le vent est bien régulier, j'envisage l'atterrissage. La branche vent arrière, à 140km/h sol, est vite avalée, virage face au vent vers l'étape de base avant le seuil de piste à ne surtout pas dépasser. Vitesse affichée 110km/h, vitesse sol entre 40 et 50. la dérive me décale naturellement pour me permettre d'effectuer une finale bien face au vent, soit à 30° de l'axe de piste, en direction d'un point d'aboutissement que je j'avance de plus de 100m pa rapport au seuil de piste, vitesse air entre 110 et 120, angle d'approche très fort, bien sûr.

Une fois au dessus de la piste, arrondi prolongé, l'appareil se freine immédiatement et s'immobilise presque en vol, correction de la trajectoire (30°) au moment du touché pour se remettre dans l'axe avec remise des gaz pour ne pas reculer, puis manche à fond en avant avant de mettre le moteur au ralenti.

Et le HM14 est là, immobile au milieu de la piste et dans l'axe, insensible au vent comme d'avant le décollage, plaqué par son aile avant en butée piqueur. Roulage tranquille jusqu'à l'abris du hangar à très faible vitesse car effectué face au vent.

Ce vol me rappelle mes vols en planeur, dans des conditions où les avions ne sortaient pas du hangar. Depuis que je vole sur le HM 14, j'en ai étudié longuement les possibilités, avantages et désavantages. Cette machine possède un design exceptionel qui permet de voler sans ailerons aussi facilement qu'avec, et son très bas centre de gravité associé à une forte charge sur la roulette de queue et un train principal pouvant se désaxer rend son maniement au sol très aisé.

Merci encore Monsieur Mignet pour cette merveilleuse machine qui ne cessera jamais de m'étonner par ses possibilités.


Norbert MOSSON


Origine de l'article:
Norbert MOSSON
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS

 


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