Panne moteur en vol


Un récit d'une mésaventure arrivée à Jérôme Falc (juin 2009)

"Mercredi soir j'ai commencé mon après midi en faisant un vol en skyranger avec Bernard Jarril, on est allé à Montpezat car il ne connaissait pas pour y aller, une fois revenus, j'ai enchainé sur le pendulaire car je suis en train de passer mon brevet. Tout allait bien et le moniteur décide de nous lacher le copain et moi. Hélas le temps de transformer le siège en une place, le vent se lève brusquement avortant notre lâcher ! Bon tampis on remettra ça une autre fois. Pendant ce temps Bernard Jarril était parti faire un vol avec son HM 293, et il venait de se reposer au bout d'une bonne heure de vol. Je suis allé le voir pour lui dire au revoir, et tout en discutant, il me propose d'aller faire un tour avec son Pou. Au début je décline l'invitation, puis le vent s'étant calmé, je me suis dit, pourquoi pas, ça fera une jolie trilogie: 3 axes - pendulaires - pou.

Je m'équipe, il me met 15 litres d'essence, puis je décolle. Je fais un passage bas sur la piste pour lui faire plaisir puis je pars me balader. Je volais à 600 - 700 pieds, régime à 5400 tr/min, la belle vie, tranquille. au bout de 40 minutes alors que je rentrais vers le terrain et que j'étais à 3 km environ, le moteur fait une ratée, puis reprend. Là tout d'un coup je me réveille de ma tranquillité. 30 s à 40 s plus tard, re-ratée.

Les températures étaient optimales. Encore une troisième ratée. Alors je me met à poirer et j'accélère pour prendre de l'altitude car j'ai la Garonne à traverser et 2 km de terrain mal pavés pour rejoindre ma piste en finale directe. Je monte à 1000 pieds en cerclant au dessus des champs de la vallée de la Garonne, qui ne me tentaient pas spécialement car maïs déjà haut ou sinon champs labourés. Puis je prend le cap en direction de la piste. Je fais à peine une minute de vol et là paf ! Le moteur s'arrête !

Je me met en descente et je choisis un champs de tabac car la culture est basse, dans les alentours, c'est toujours maïs (un bon 50 cm de haut) et le reste ce sont des peupliers. Tout en descendant je poire et je tente de redémarrer le moteur, mais rien n'à faire. Arrivé à 200 pieds environ (j'avoue ne pas avoir regardé l'altimètre à ce moment là !) je me suis concentré sur mon atterrissage. J'ai arrondi posé, hélas la terre était vachement meuble car l'agriculteur l'avait travaillée récemment (on s'y enfonçait dedans en y marchant) la roue droite s'est enfoncée tout de suite dans la terre, elle a tordu derrière la fusée et je suis parti en cheval de bois par la droite. Le bout d'aile avant droit a touché par terre et l'aile entière a pivoté, la cabâne faisant le fusible, c'est elle qui s'est entiètement tordue. Et finalement j'ai fini sur le nez et sur le bout d'aile droite presque à la verticale.

Je voyais l'essence coûler par le bouchon du réservoir, je n'ai pas demandé mon reste, je me suis dégraphé et j'ai plongé pour m'extirper du cockpit, si l'essence venait sur le moteur chaud, on ne sait jamais.
Je suis allé le tirer par la roue arrière pour le reposer sur les roues.

Ouf plus de peur que de mal, je n'ai absolument rien eu, déjà un bon point.

Quant à la machine, elle tape la gueule ! L'aile avant a pivoté en arrière au niveau du bout droit, mais à première vue, l'aile n'a rien, seule toute la cabane et les commandes de profondeurs sont totalement tordues.
Le fuselage est intact, rien de cassé au niveau bois. Par contre le triangle de roue droite est mort.

J'appelle Bernard, il arrive avec sa voiture, on revient à l'aérodrome, je prend la mienne et la remorque du Balerit et on est allé le chercher, se faisant aider par 2 copains parachutistes. On l'a chargé dessus, et on l'a ramené pour le ranger dans l'hangar. On a regardé rapidement, le filtre à décanter était plein. Je soupçonne un soucis au niveau de la pompe à essence, car en poirant ça avait remarché plutot pas mal.
A première vue le bâti moteur n'a rien. Il va falloir le démonter et trouver la raison de cette panne.

En tout cas je suis embêté pour Bernard, sa saison est fortement compromise. Enfin déjà la partie bois a l'air intacte, ce qui est déjà pas mal. Mais beaucoup de travail niveau partie tubes. Bon je me dis que si ça lui était arrivé, s'en serait il aussi bien sorti avec ses 6 h de vols avec ?

Voilà, maintenant y a plus qu'à réparer.

Sale coup."


SUITE DE L'HISTOIRE

Le lendemain, après analyse, il s'avère que c'est le filtre à décanter qui est le responsable, il y a des coulûres d'essence au niveau du joint. L'étanchéité n'étant pas bonne, il y a eu une prise d'air dans le circuit essence entrainant l'arrêt du moteur. D'ailleurs on voit des traces d'essence sur le flanc droit du Pou.

Bernard appelle ULM Technologie pour leur signaler le problème, et là grosse surprise ! Ils étaient au courant que ce modèle était défectueux ! Avant ils en avaient la cuve en verre, mais ils cassaient, ensuite ils en ont pris en aluminium, mais ils s'oxydaient, et ce modèle est en plastique et il s'avère que l'essence l'attaque entraînant la fameuse fuite ! Là où je trouve ULM Technologie très légers, c'est qu'ils étaient au courant de ce problème mais n'ont rien dit à tous les acheteurs, avec l'informatique, très facile de les retrouver et leur envoyer un mail, une lettre ou un coup de téléphone. On a des machines qui volent, et si l'appareil était biplace et si ça avait mal tourné, il y aurait pu avoir 2 morts tout ça car ils ont rien dit !

Alors faites passer le message : LES FILTRES A DECANTER AVEC LA CUVE EN PLASTIQUE ACHETE CHEZ ULM TECHNOLOGIE SONT DANGEREUX (peut être tous ceux en plastique ?)

Cela peut sauver des machines, et peut être des gens.

Pouducièlement Votre
Jérôme
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Jérôme, j''imagine que ce que tu viens de vivre doit être assez traumatisant , mais j'aimerais savoir comment tu as négocié la chose .
As-tu essayé de prendre de la vitesse pour mieux arrondir ou ressourcer ou bien au contraire t'est tu laissé enfoncer aux grands angles petite vitesse horizontale ou enfin, juste normal en essayant d'ajuster au plus près du sol l'arrondi .

François
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Lorsque ça t'arrive, tu n'as pas le temps d'avoir peur, tu agis ! Tu fais comme pour un atterrissage normal, sauf que là c'est un champ. J'ai adopté une descente à 80-90 km/h, j'avoue ne pas trop avoir regardé le badin, je l'ai fait à la sensation, expérience aidant, tu sens qu'il n'est pas en sous vitesse.

Par contre je confirme, un Pou du Ciel n'a franchement pas une super finesse moteur coupé ! Pierre Mignet annonce 4 de finesse, maintenant pour l'avoir vécu, je confirme assez facilement ses dires.

Quant tu arrives sur le champ, tu fais ton arrondi comme pour te poser et t'essaye de bien le finir manche au ventre pour avoir la vitesse la plus basse possible.

Après deux options : soit il roule et tu t'arrêtes en quelques mètres, et là t'es un chef ! Soit comme moi tu fais un beau cheval de bois ou autre pirouette, ben là tu subis plus qu'autre chose, il n'y a pas grand chose à faire. Mais comme tu ne vas pas vite, tu limites les risques de te faire mal.

Le soir en te couchant, bien sûr tu réfléchis à l'évènement de la journée, tu tournes le problème pour voir s'il y avait d'autres solutions. Mais là une panne moteur je n'y suis pour rien, ce n'est pas une faute de pilotage qui est plus traumatisante, j'ai fait le seul champ posable du coin, j'ai fait le maximum possible. Donc je ne suis pas choqué. D'ailleurs j'ai revolé que ce matin, et je me suis fait laché pendulaire, donc tout va bien.

En espérant que mon expérience vous a un peu éclairé sur ce genre de situation désagréable.

Jérôme Falc

 



Quelques photos du modèle de filtre défectueux


Voici le filtre incriminé !

Filtre défectueux ULM technologie

Vous remarquerez sur la photo les coulures d'essence au niveau du joint en haut avec la partie métallique.

Filtre défectueux ULM technologie

Normalement le bas a une forme de 1/2 sphère, Bernard a voulu resserrer l'écrou, et c'est carrément le plastique qui s'est enfoncé et déformé tellement il a été rendu mou par l'essence !!!

Filtre défectueux ULM technologie

Les coulures sur le flanc droit suite à la fuite.


Pour la référence, du filtre, Bernard doit me l'envoyer par mail pour ceux qui sont intéressés.

Jérôme Falc

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(...) Est-il vraiment utile sur nos machines d'installer un tel type de filtre? Sachant qu'elles sont utilisées par une seule personne, qui en prend soin, qui sait ce qu'elle met de le réservoir, qui éventuellement filtre le précieux liquide à chaque plein?
Pour ma part j'ai eu pas mal de déboires avec des filtres à essence sur véhicules anciens. Depuis j'ai entièrement vidangé le réservoir, je l'ai bien rincé et je ne mets plus de filtre à essence et depuis, plus de problème.
Et comme dirait l'autre en parlant de nos machines : tout ce que l'on en met pas ne tombera pas en panne...
Alors peut-être faut-il simplifier aux maximum nos circuits carburant.

Guillaume


Origine de l'article:
message sur la liste Pou-Guide
Auteur: Jérôme FALC, et questions complémentaires de François COLLET
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS

 


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