Outillage


Par Jean-Pierre LALEVÉE


Pour mener à bien la construction d'un Pou-du-Ciel, un minimum d'outillage est indispensable. Cet article décrit ce qu'il est indispensable, utile et même superflu de posséder pour exécuter les travaux multiples et variés d'une construction.
Quoi qu'il en soit, en matière d'outillage, il ne faut jamais perdre de vue qu'avec de mauvais outils on ne peut faire que du mauvais travail, même si l'on a de l'adresse manuelle. Avec de bons outils, on s'étonnera souvent soi-même de la qualité de ce que l'on arrive à faire, même sans expérience préalable; et l'apprentissage en est grandement facilité. Seul problème: il faut accepter d'y mettre le prix! Une consolation: les bons outils que l'on aura achetés pour construire un Pou-du-Ciel resteront ensuite opérationnels pour tout autre travail. Il faut donc les considérer comme un investissement qui s'amortira sur de nombreuses années.
Je souhaite que ce chapitre ne décourage pas le futur constructeur. Le plus grand nombre s'est débrouillé pour construire son appareil sans dilapider l'argent du ménage dans un outillage parfois excessif et non maîtrisé ...

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Dans tous les cas, si l'on craque pour tel ou tel outil indispensable que l'on ne possède pas encore, l'exploration des petites annonces est susceptible de faire réaliser de très substantielles économies: un outil d'occasion coûte bien moins cher que le même outil neuf, et rend le même service si on le choisit avec discernement. Une bonne manière de trouver l'oiseau rare consiste à passer soi-même une petite annonce pour dire que l'on cherche ... plutôt que d'attendre que quelqu'un propose par hasard ce que l'on désire.

Henri Mignet disait dans son bouquin qu'il suffisait de savoir construire une caisse d'emballage pour être capable de construire un Pou-du-Ciel. L'expérience a montré que ce n'était pas tout à fait exact; ou plutôt que la construction d'une bonne caisse d'emballage ne peut pas s'improviser. Il ne s'agit pas d'assembler grossièrement 4 planches avec 20 clous pour s'envoler aussitôt à son bord.
Cela pour dire qu'on ne se lance pas dans un travail qui durera forcément plusieurs mois ou plusieurs années sans un minimum de biscuit: de l'adresse manuelle, une bonne expérience de bricoleur dans le bon sens du terme, de la patience, et des outils de qualité. Quels outils?




TRAVAIL DU BOIS


Tout bricoleur un peu sérieux dispose d'une caisse à outils qui contient le minimum vital: de la scie égoïne au marteau, en passant par les ciseaux à bois (en diverses largeurs), tenailles, râpes, etc..
Plus rares dans la caisse à outils (et pas seulement parce que ce n'est pas le meilleur lieu pour les stocker), il est bon de posséder au moins deux rabots. Le premier aura une lame normale, bien affûtée; le second - dit "rabot à bretter" - aura une lame crantée destinée à rendre bien rugueuses les surfaces à coller. Il est vrai qu'une lame de scie à métaux cassée peut remplir le même office, à bien meilleur marché.

Mais il faut quand-même au moins un bon rabot, savoir l'entretenir et savoir s'en servir. Un rabot électrique? Le bricoleur du 21ème siècle aime à entendre le bruit d'un moteur, mais il faut aussi apprendre à s'en servir! Pour les finitions, une ponceuse à bande et une petite ponceuse triangulaire qui pourra se promener dans les coins sont également nécessaires.

Un outil en vogue depuis quelques années est fort utile au constructeur amateur: la mini ponceuse/lime à bande. On la tient par sa poignée un peu comme un couteau à gigot et on l'actionne grâce à une gâchette. La bande abrasive, 1 cm de large environ, circule à grande vitesse, et quand on a un peu de pratique on lui trouve une foule d'applications, sur le bois comme sur le métal (avec la bande adéquate).

Un autre outil pratique est la petite combinée ponceuse à bande horizontale / ponceuse à disque, qui se pose sur l'établi mais qu'on peut transporter partout s'il le faut. Munie de guides gradués, elle permet de faire des ajustages très nets de baguettes et renforts.

Pour les collages, il est indispensable de prévoir une bonne quantité de serre-joints de toutes tailles. Les pinces, que l'on trouve maintenant pour pas cher dans toutes les grandes et petites surfaces de bricolage, font aussi partie des outils incontournables. Il en existe en plastique et en métal, de tous gabarits. Prévoyez l'achat d'une collection complète pour quelques dizaines d'Euros.



Les marteaux traditionnels en France ont un bout carré. Choisissez plutôt un marteau à bout rond, vous risquerez moins de marquer ce sur quoi vous tapez si vous êtes maladroit ...
Pour le débit des pièces de bois, il est exclu de nos jours d'employer la scie à main puis le rabot manuel. Il faut disposer d'une scie à ruban ou d'une scie circulaire sur table, comportant un guide précis, plus une raboteuse motorisée. Attention, au sortir de la raboteuse le bois est trop lisse et doit être bretté pour le rendre à nouveau rugueux avant collage.

Une machine à bois dite "combinée" réunit sous un volume compact tous les outils nécessaires: en général scie circulaire, dégauchisseuse, raboteuse. Elle est capable d'effectuer le travail avec la précision voulue, et à la meilleure vitesse. Une machine multi-opérations de bonne capacité, utilisable aussi bien pour réaliser des meubles quand le Pou sera terminé, coûte en moyenne entre 2000 et 3000 Euros. Et pour ce prix là on a une machine d'"amateur" qui ne pourra pas tourner en production toute la journée .. mais on ne construit pas des Poux ni des meubles à la chaîne chez soi.

Les utilisateurs de machine combinée observent rapidement que la machine n'est jamais montée pour l'opération à effectuer et que ce montage prend parfois plus de temps que le travail proprement dit. Il est donc raisonnable d'ignorer (comme les Canadiens) ces machines combinées et de considérer comme beaucoup plus pratique d'avoir plusieurs machines spécialisées. Mais il faut plus de place, et le prix est parfois plus élevé! Les bonnes machines combinées changent de fonction sur l'action d'un simple levier; mais elles renferment généralement plusieurs moteurs: un par fonction pour les plus chères.

Qui n'a pas de machine à bois devra faire appel à ses connaissances: amis bien équipés qui travailleront pour rien ou presque, ou artisans qui feront le débit selon vos indications dans le bois que vous fournirez peut-être vous-même. L'artisan, lui, ne travaillera pas gratuitement, mais son prix sera toujours inférieur au coût d'une machine à bois ...
Une adresse ouaibe intéressante concernant le bois: http://passion.bois.free.fr/





TRAVAIL DU MÉTAL


Le dossier-plan Grünberg dresse une liste d'outils pour le travail du métal (lime, marteau, bédane, burin, scie, et autres engins plus ou moins élaborés techniquement), et décrit le mode d'emploi. Il serait donc possible de réaliser les pièces métalliques nombreuses du HM-293 (qui sont au nombre de 150 environ) en employant un simple étau, un marteau et un burin moyenâgeux? Je suis prêt à le croire, mais il me semble qu'on ne se met pas là dans les conditions idéales de la réussite.

La plupart de ces outils sont bel et bien nécessaires, mais l'expérience montre que d'autres plus modernes et technologiquement plus évolués permettent un tel gain de temps et de plaisir qu'on est bien avisé de dépenser un peu d'argent pour pouvoir en profiter.

Commençons par l'étau. Un étau acheté au supermarché pour 15 Euros n'est pas un étau, c'est un bout de ferraille pour pincer le métal. En peu de temps les mors ne seront plus parallèles, le pas de vis sera grippé. Un bon étau est lourd et massif, et coûte un peu d'argent. Mais s'il est lourd, il lui faut un établi robuste. On trouve des établis à monter, en cornières minces, pour un prix dérisoire. Leur qualité est à l'avenant: ce ne sont que des tables, pas des établis.
L'étau génial possède une pédale actionnée avec le pied pour s'ouvrir et se fermer. C'est fantastique pour positionner deux pièces qu'on veut percer ensemble ou lier par un point de soudure par exemple. On a deux mains pour maintenir les pièces, et la troisième qui referme l'étau sans que ça tombe, c'est le pied! (au sens propre).

Continuons avec la perceuse. Si vous achetez une perceuse de supermarché, fabriquée probablement en Chine par des ouvriers sous-payés et (c'est probable) d'âge nettement pré-pubère, vous aurez entre les mains un outil parfait pour percer des trous ovales: du jeu dans les axes et dans le mandrin, une clé elle-même inadaptée au mandrin; bref un outil m...dique alors qu'il est fondamental! Dépensez un peu plus, et payez-vous une bonne perceuse, robuste, lourde et précise, avec un bon dégagement du col de cygne, qui ne parcourra pas tout l'établi en se secouant de haut en bas à chaque mise en marche.
Un exemple de perceuse nullissime, de marque Rhino:



On trouve la même sous tout un tas de dénominations et fausses marques. Ça ne vaut pas un clou, mais ça coûte quand-même entre 45 et 70 Euros. Si vous exigez une perceuse pas trop grosse, dépensez 2 ou 3 fois plus, et choisissez une bonne marque connue.
Si vous avez plus de place, n'hésitez pas et offrez-vous pour 300 Euros un bel objet qui se pose sur le sol pour dégager l'établi, qui offre un réglage de vitesse en continu, et qui servira pendant des décennies:



D'accord c'est chinois aussi, mais c'est autrement mieux construit; du matériel de niveau pro pour pas très cher!
Les forets à étage sont des accessoires extraordinaires à conseiller, même avec une mauvaise perceuse. Ils remplacent toute une série de forets normaux en évitant d'innombrables serrages/desserrages du mandrin pour changer de diamètre. Ils centrent parfaitement les trous, et peuvent servir à ébavurer les bords. Leur acier de très haute qualité les autorise à percer l'inox sans coup férir, mieux qu'un foret classique hélicoïdal. Avec 2 forets à étage, on remplace toute une panoplie de forets normaux (de 4 à 22 mm), pour un prix qui n'est que très peu supérieur à celui de la panoplie complète.



Pour découper les ferrures plates, on peut employer la scie à métaux manuelle, puis le bédane pour suivre les courbes. Mais il est nettement préférable d'employer une scie à métaux à ruban, qui coûte 200 à 300 Euros selon le modèle. Les photos ci-dessous représentent un modèle "de table" à fixer sur établi. Grâce à son étau intégré et son dispositif de coupe d'angle, elle permet de couper les tubes avec une précision diabolique. Le petit modèle a l'inconvénient d'un col de cygne un peu étroit, qui pose problème pour découper les grandes pièces planes.



Un petit plateau amovible permet de la transformer en scie à ruban verticale, parfaite pour la découpe des ferrures plates, y compris s'il y a des courbes qu'on peut suivre par approches successives (un léger chantournage est possible, mais gare à la casse des lames si l'on force trop!):



Les lames bimétal à denture fine qui sont parfaites sur cette machine pour découper également l'inox peuvent, lorsqu'elles sont cassées, servir de lames de très haute qualité, increvables, pour votre scie à métaux manuelle. C'est une manière de les recycler qui ne présente que des avantages.

Un outil d'utilité majeure est la cisaille. Le prix est élevé en regard de la technologie. Un très petit modèle comme celui de la photo suivante peut découper de la tôle jusqu'à 4 mm à condition de rogner par petites étapes pour ne pas forcer. 2,5 mm d'inox ne posent en revanche aucun problème. Ce qui différencie les petits modèle des plus gros, c'est surtout la longueur de la lame, la démultiplication et l'équilibre du levier. Le plus petit modèle (200 Euros quand-même) est très suffisant pour construire un Pou. La vitesse de travail avec une cisaille est grande; plus rapide qu'avec la scie à ruban. Pour dégrossir toutes les pièces planes, on empruntera la cisaille pour toutes les courbes convexes; on exécutera les courbes concaves avec la scie à ruban.



Une fois découpées, les pièces doivent subir une finition de mise aux cotes sur un touret à meuler. Celui que l'on voit ci-dessous est un modèle bas de gamme, trop peu puissant, et dont les meules n'ont pas un diamètre suffisant, ce qui est parfois gênant si les courbes concaves des pièces planes sont profondes:



Certaines pièces sont à plier. Une petite presse à cric est décrite ailleurs sur ce site, qui fonctionne parfaitement et ne coûte autant dire pas un centime. Mais on peut préférer dépenser de l'argent pour acquérir une presse hydraulique. On en trouve de très chères, ce sont les plus courantes. Mais en cherchant un peu, et pour 200 Euros, on peut devenir propriétaire de ceci:




L'objet mesure 1,80 m de haut et sa puissance est de 12 tonnes (c'est la puissance du cric hydraulique qui se trouve à son sommet). Observez bien comment est conçu l'objet et fabriquez le même, ce n'est pas difficile! Malgré les apparences, cette presse est un petit modèle ...

Tous les travaux sur tubes ronds nécessitent de disposer d'un tour à métaux. On trouve des tours de bonne qualité pour des prix qui oscillent autour de 800 Euros. Pour 2000 Euros (hors taxes!), on peut acheter un tour-fraiseuse-perceuse de petite capacité idéal pour les travaux de construction de Pou(x):



Pour cet outil, comme pour beaucoup de ceux qui figurent sur cette page, vous pouvez jeter un coup d'œil sur le catalogue MANUTAN. Il s'agit d'une entreprise de vente par correspondance. On y trouve à peu près tout, mais les prix sont élevés; ça donne au moins une idée de ce à quoi il faut s'attendre. L'entreprise propose un site ouaibe: http://www.manutan.fr. Je vous suggère aussi de consulter Monsieur Marcel MOUREY, à POLAINCOURT (70) Tél. 03 84 92 88 83. Un petit distributeur local qui est capable de vous trouver des machines neuves à des prix stupéfiants: étaux, perceuses, tours, fraiseuses etc..

Enfin, les ferrures coupées, taillées et formées doivent être soudées? Employez donc la technologie TIG, qui coûte cher à l'achat et à l'usage, certes, mais qui permet même aux débutants de faire en peu de temps de belles soudures.
Un poste TIG moderne est un boîtier de quelques kilogrammes, bourré d'électronique. Sans transfo, ça pèse peu et ça se transporte partout. Une simple prise de courant 220 V domestique suffit pour le brancher. Finalement, c'est la bouteille d'argon qui est largement la plus encombrante et la plus lourde!



L'appareil ci-dessus soude l'acier, l'inox et l'aluminium, mais coûte quand-même la bagatelle de 2400 Euros HT... après négociation avec le vendeur. Pour en avoir vu le résultat, je pense que le soudage à l'arc classique est loin de donner un résultat équivalent; la technologie MIG n'est pas géniale non plus, même si avec de l'expérience on peut faire du bon travail. Tout le secret du TIG réside dans sa torche: une tige de tungstène plongée dans un environnement de gaz neutre qui empêche l'oxydation pendant le soudage: on travaille comme avec un stylo ...



Pour le soudage, je ne saurais trop conseiller l'emploi d'un masque électronique, qui s'assombrit tout seul dès que l'arc se déclenche, et qui reste transparent et clair le reste du temps. Avec cet objet, on n'est plus continuellement en train de soulever et rabattre la visière, on ne craint plus d'être aveuglé, et on ne démarre plus la soudure à côté de là où il faudrait. Un masque normal exige trois mains: une pour la torche, une pour la baguette d'apport, et une pour le masque. Mais qui a trois mains?
Pour en savoir plus sur le soudage, voici un excellent site: http://www.chez.com/soudage2000/accueil.htm bourré d'informations et de trucs concrets et infiniment utiles.

Jean-Pierre Lalevée



Origine de l'article: proposition de Jean-Pierre LALEVEE (2002)
Auteur: Jean-Pierre LALEVEE
Photos: Jean-Pierre LALEVEE
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS


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