Moderniser un HM-14 tout en lui conservant son apparence originale

 

Cet article répond à une  question qui m’est fréquemment posée.

Comme depuis une quinzaine d’années je suis le distributeur pour les pays anglophones des plans traduits en Anglais du HM-293 de Rodolphe Grunberg et du HM-360 d’Henri et de Pierre Mignet, je reçois souvent des demandes de la part de constructeurs potentiels.

Le Pou-du-Ciel n’est pas aussi connu de ce côté-ci de l’Atlantique qu’en Europe où les amateurs peuvent facilement communiquer entre eux et entrer en contact avec des pouduciellistes qui ont fait leurs preuves et qui sont heureux de leur servir de mentors et de guides. En Amérique du Nord, les distances sont grandes et les gens souvent isolés. Les questions qu’on me pose sont donc de tous ordres.

L’une d’elle, assez fréquente,  concerne le HM-14 dont la ligne caractéristique qu’on retrouve souvent dans les magazines aéronautiques frappe l’imagination des constructeurs potentiels. Ceux-ci me demandent donc:

Je voudrais construire un HM-14. Où puis-je en trouver les plans?

Je leur explique qu’il n’y a pas de plans à proprement parler mais un livre   qui contient des schémas de construction, mais aussi toute une partie historique, des exposés sur l’aérodynamique et sur la technique de pilotage et même  une philosophie de l’aviation pour les amateurs.

 

La Sainte Bible de l'Amateur: le "Bouquin"

Le "Bouquin"

Je  leur indique que le livre a été édité pour la première fois en 1934, partiellement traduit en Anglais en 1935, que les plans ont été perfectionnés par la suite dans l’édition de 1936 régulièrement réimprimée mais jamais traduite, la dernière mise à jour, dans les années 80, ayant été faite par Pierre Mignet, le fils de l’inventeur de la «Flying-Flea», la puce volante.

Ensuite, je leur précise que des progrès ont été faits depuis 1936, pour le Pou-du-Ciel comme pour tous les avions et qu’il est bon d’en bénéficier.

C’est la traduction de cette explication que vous trouverez ci-dessous:

Après le HM-14 de 1936, Henri Mignet continua à améliorer sa formule (nouveaux profils d’aile, ailes pliantes, etc.,) Il conçut plusieurs nouveaux modèles de Pou-du-Ciel, l’un d’eux étant le HM-360.

Son fils Pierre confia à plusieurs amateurs qu’il formait le projet, après avoir terminé les plans du Saintonge, de redessiner le HM-14. Est-ce qu’il se serait agi d’une simple mise à jour des plans originaux, ou d’un modèle complètement repensé, comme Volkswagen a fait avec sa nouvelle Coccinelle? Nous ne le saurons malheureusement jamais.

Bernard Domont, un des plus talentueux constructeurs de pou-du-ciel, a eu l’idée d’installer des ailes de HM-360 sur un fuselage de HM-14 afin de conserver l’aspect vieillot du HM-14 tout en bénéficiant de la technologie et de l’aérodynamique modernes des ailes du HM-360.

Plusieurs constructeurs se sont intéressés à cette solution et au moins 5 ou 6 d’entre eux volent régulièrement avec ce que j’appellerai leur HM-14/360.

Cette solution est techniquement tout-à-fait satisfaisante mais la grandeur du fuselage est quelquefois un problème pour les pilotes de 2010, grands et bien nourris. Certaines personnes éprouvent des difficultés à insérer leurs jambes et leurs genoux sous le tableau de bord.

On m’a demandé à plusieurs reprises de recommander de nouvelles dimensions pour un fuselage de HM-14 modernisé.

Comme je ne suis pas en mesure de construire moi-même un fuselage de HM-14/360, tout ce que je peux faire est de rassembler des informations, de faire quelques expériences et d’en donner les résultats.

Tout d’abord, j’ai noté la différence de longueur entre le fuselage de 1934 et celui de 1936.

 

HM-14 modèle 1934
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HM-14 modèle 1936
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Visiblement, l’arrière du fuselage est beaucoup plus long sur le modèle de 1936.

La raison de cette différence est que, sur le modèle de 1936, Mignet a augmenté la distance horizontale entre les deux ailes (qui se recouvraient partiellement en 1934). Il a aussi rendu l’aile arrière mobile.

Comme  l’agencement des ailes et le profil d’aile du HM-360 ne nécessitent plus l’aile arrière mobile et comme la corde d’une aile de HM-360 n’est que de 1.300 mm au lieu de 1.400 mm pour un HM-14, je me suis rendu compte que je pourrai récupérer à l’arrière du fuselage l’excédent de longueur qu’il me faudra ajouter à l’avant. Cette modification rendra également l’équilibrage de l’appareil plus facile puisque les moteurs modernes sont généralement légers. Néanmoins quelques pilotes pourraient préférer un fuselage un peu plus long (Norbert Mosson et Jean-Jacques Legrand, par exemple). Ce choix apporterait un peu plus de poids à l’arrière, mais donnerait plus de place pour un réservoir d’essence derrière le siège et permettrait au pilote de s’asseoir sur le dessus du fuselage quand il entre dans la cabine.

J’ai aussi choisi d’utiliser pour mon projet le gouvernail du HM-360, légèrement arrondi en dessous pour suivre la ligne du fuselage, mais, si le constructeur le désire, comme Thibaut Cammermans l’a suggéré, pour être plus conforme à la ligne du modèle de 1934, il peut s’inspirer du plan de 1934 et dessiner un gouvernail plus rond.

Pour faciliter le positionnement  à  + 6° de l’incidence de l’aile arrière, j’ai incliné les longerons supérieurs de l’arrière du fuselage. C’est mon choix, mais si un constructeur préfère, comme Norbert Mosson, avoir un arrière de fuselage horizontal et ajouter des cales d’écartement entre l’aile et le fuselage, c’est tout-à-fait possible.

Pour conclure avec l’arrière du fuselage, je lui ai donné la largeur de celui du HM-360. Pourquoi changer ce qui est parfait?

Revenons à notre sujet principal, les nouvelles dimensions de l’avant du fuselage.

La forme pointue de l’avant du HM-14 est à peu près unique et il semble bien qu’il ne suffira pas d’ajouter un peu plus de place pour loger les jambes du pilote.

Après avoir fait quelques croquis peu satisfaisants, je me suis rendu compte qu’il me fallait adopter une approche plus scientifique du problème.

J’ai trouvé dans un bouquin Américain consacré à la construction d’avions légers quelques indications sur la façon de réaliser en carton des petits pantins articulés correspondant à diverses hauteurs de pilotes.

J’ai décidé de prendre l’échelle 1/10 pour mes dessins de fuselage et mes figurines.

Après quelques tâtonnements, j’ai pensé que j’étais assez près d’une solution satisfaisante pour passer à l’étape numéro 2: La construction d’une maquette grandeur.

Avec la participation active de mes collègues de Beloeil, Claude Martin, Paul Fournier et André Létourneau (il y a quelques années, nous avons déjà commis un HM-8 ensemble) auxquels s’est joint Réjean Samson, le nouveau propriétaire de mon HM-293 et en utilisant des chutes de  contreplaqué et de carton assemblées et clouées, j’ai construit un ensemble composé d’un siège, d’un support de moteur et d’un tableau de bord de HM-14.

C’est ce qui a donné la maquette bizarre représentée ci-dessous:

 

Maquette habitabilité cockpit HM-14

 

Tous les pilotes qui traversaient notre atelier et qui étaient intrigués par cette construction atypique ont été invités à s’asseoir dans le cockpit et à nous faire part de leurs impressions,

Du plus petit et plus léger jusqu’au plus grand et au  plus lourd:

Paul: 5pi 6po (1m,68) – 161 lbs (73 kg)

Claude: 5pi 8po (1m,72) – 140 lbs (63,500 kg)

Réjean: 5pi 10po ½ (1m,79) – 180 lbs (82 kg)

Jean-Pierre: 5pi 11po (1m,80) – 240 lbs (109 kg)

Alain: 6pi (1m,83) – 160 lbs (72,500 kg)

Jean: 6pi 2po (1m,88) – 140 lbs (63,500 kg):

 

Ces expériences m’ont permis d’apporter des modifications à mon premier dessin, ce qui consistait principalement à:

-Conserver la longueur de l’ouverture de la cabine, mais en diminuer la hauteur.

-Pencher le siège vers l’arrière pour éviter le frottement du mollet sur l’avant du plancher, qui est  une des caractéristiques les plus inconfortables du dessin original.

-Pour la même raison, réduire la hauteur de la boite de l’essieu des roues, en arrondir la forme de la paroi avant et prévoir des cale-pieds ajustables.

-Ajuster la largeur du fuselage pour accommoder les pilotes les plus corpulents  sans toutefois tomber dans l’excès.

J’ai envoyé ce dessin manuscrit à Charlie Crawley qui a eu la gentillesse d’en faire une version CAD. (Ainsi que de tous les autres dessins de ce texte. C’est déjà Charlie qui a fait le travail difficile de remplacer le texte français par le texte anglais sur les plans du HM-360-380)

 


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ou
téléchargez le fichier pdf dessiné par Charlie CRAWLEY (22Ko) ici

Pour mémoire, le lecteur peut comparer le contour extérieur que je suggère avec celui montré plus haut des versions 1934 et 1936

HM14/360
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Je crois que ce dessin sera une suite valable à l’intéressante étude que Bruno Corbeau a faite sur le même sujet il y a quelques années et j’espère qu’il pourra aider   les futurs constructeurs de HM-14/360.

La superposition du fuselage du HM-14 modifié sur un plan de HM-360 montre bien que le HM-14/360 n’est en fait qu’un HM-360 avec un fuselage différent.



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J’attire l’attention des constructeurs sur les points suivants:

-Pour la roue de queue, je suggère d’adopter la plus récente roue de queue dessinée par Rodolphe Grunberg pour le HM-293 (Plan# 10bis). Le contacter pour autorisation de reproduction.

Roulette de queue R. Grunberg

(sans possibilité d’agrandissement – copyright)

-Nous nous sommes rendu compte que des coussins qu’on place ou qu’on enlève sur le fond ou contre le dossier du siège et des cale-pieds adaptés à la longueur des jambes du pilote rendent le fuselage facilement ajustable à des pilotes de taille très différente.

-Norbert Mosson a été assez aimable pour m’envoyer des photos des ferrures de la cabane et de la fixation des ailes. Ces photos sont nettes et bien détaillées. Je suggère aux constructeurs de s’en inspirer et de s’inspirer aussi des plans du HM-360.



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Veuillez trouver ci-dessous des photos de quelques uns des HM-14/360 actuellement en vol.

Je n’ai pas pu contacter tout le monde, et j’ai peut-être égaré certaines photos que j’ai reçues. N’hésitez pas à me contacter pour compléter cette galerie de photos.







Le HM-360 de Norbert Mosson (ci-dessus)



Le HM-14-360 d'Émile Gomez

Étienne Bouvier aux commandes de son HM14-360

 

Vos commentaires seront les bienvenus.

Paul Pontois

Courriel: paulpontois(at)infoteck.qc.ca
Tél: 819 228 3159



Origine de l'article:
Paul PONTOIS (mai 2010)
Texte: Paul PONTOIS
Merci  à: Charlie Crawley, Norbert Mosson, Thibaut Cammermans, Bruno Corbeau, Jean-Jacques Legrand, Claude Martin, André Létourneau, Réjean Samson, Émile Gomez, Étienne Bouvier
et à tous ceux qui m’ont aidé à réaliser ce projet.
Photos: Paul PONTOIS, Norbert MOSSON, Emile GOMEZ, Etienne BOUVIER
Dessins: Charlie CRAWLEY
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS


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