La belle aventure du HM-293


R. Grünberg - octobre 2005


Comme le temps passe !

Pour sûr, je suis en train de grignoter mon espérance de vie !
Cela fait 22 ans que je me suis lancé dans la construction de mon HM-293, U.L.M avant la lettre, car sa grande surface (environ 12 m2) correspondait aux normes de l'époque avec les moteurs légers qui faisaient leur apparition. Dans mon cas, c'était le Robin E.C. 34, bicylindre de 32 cv.

Il ne s'agit pas pour moi de remuer de vieux souvenirs, mais il est bon, je pense, de rappeler les différentes circonstances qui ont marqué cette belle aventure.

Rodolphe



Cela peut permettre aux amateurs d'en tirer quelque enseignement et contribuer à leur persévérance et à leur réussite.
Sans aucune arrière pensée de diffuser le cours de mes travaux ni leurs résultats, j'ai noté, photographié et pesé les différents éléments de mon appareil.





La législation U.L.M. d'alors restreignait le poids à vide à 10 kg/m2. J'ai respecté cette législation.
L'appareil fut terminé en 1990. Un ami paysan passa la herse sur sa prairie et me proposa d'abattre tout arbre gênant ; cependant les amateurs de l'aérodrome de Villeneuve-Rogé m'avaient vivement incité à me baser chez eux. Leur président de l'époque, Pierre Suzeau, un homme d'une amabilité et d'une politesse très vieille-France, m'avait mis parfaitement à l'aise. J'ai bien cru comprendre qu'on allait me l'essayer et le tester car je n'avais ni expérience ni brevet.

Il s'est avéré au fil du temps que je ne pouvais compter que sur moi-même. C'est dommage que j'aie mis un certain temps pour faire cette constatation.

Les essais au roulage: question moteur, épatant, démarrage lanceur à main, impeccable, fonctionnement régulier, le starter et un «poil» de gaz. L'appareil s'ébranle et je saute dedans en le retenant de la main gauche...
Logiquement, j'ai rajouté une roulette caoutchoutée à la béquille, et la timonerie de direction. Le moindre jeu dans la timonerie retarde la manœuvre. Il faut anticiper. «Aujourd'hui ça ne va pas, n'insistez pas, rentrez !» (Henri Mignet). Je peux dire que j'ai souvent ouvert le Bouquin à la bonne page.

Suivre la ligne droite pour décoller, on est vite accroché, ne pose pas de problème, mais s'exercer en restant au sol c'est plus difficile, d'autant plus que le parallélisme des roues, à voir l'usure des pneus, laisse à désirer.Toujours est-il que, soit que le vent n'est pas là où il faut, soit que j'aie omis de porter le manche en avant, soit que la béquille se soit affaissée et que la timonerie ait pris du jeu, l'appareil sort de la piste, rentre dans l'herbe haute, la hache menue, je suis vert ! Je fais un tête-à-queue, le bord de fuite de l'aile arrière racle le sol, peu de dégâts. Je regarde autour de moi, penaud, personne ne m'a vu ? Par contre, mon atterrisseur a un emplacement judicieux, car je n'ai jamais frisé le capotage.

Tant de roulage ne rime à rien. L'appareil «en veut». Il faut décoller. Contacté, le moniteur parait réticent. Il accepte, mais je ne perds rien pour attendre. Il fait l'instruction sur un Fournier RF-6 (?). À chaque atterrissage, il se saisit du manche et lance: «Monsieur Grunberg, demain, enterrement de première classe !» Cet homme est doué pour le pilotage, mais il semble que la pédagogie n'est pas son fort.Dès que nous sommes en l'air, il chante à tue-tête. Il ne tardera pas à piquer une colère et me déclarera inapte. Je suis atterré. Je ne chercherai même pas à épuiser mon carnet de vol aux tickets restants.

Il est vrai que cet appareil me barbe, deux magnétos, un réchauffeur, des volets pas très maniables, un tableau de bord bourré de cadrans, l'opposé de mon HM-293 spartiate.Me voici cloué au sol, construire sans cet aboutissement qu'est l'envol me paraît insupportable. «Vous voyez, Monsieur Suzeau, cet appareil, je le décolle ou j'y fous le feu !». L'homme s'indigne: «Vous ne ferez pas ça !»

Un soir, j'interpelle Bernard Domont. «Bernard, qu'est-ce qu'on fait?» Je l'entends me répondre: «tu montes dans l'appareil, tu accélères, vers le bout de la piste tu réduis et tu te poses.» C'est ce que je fais en premier, mais une fois accroché, je prends la décision de ne pas en rester là, je continue, je fais mon tour de piste, et voici le moment quelque peu redouté, l'atterrissage. Mais Ô, merveille, ça se pose tout seul en réduisant les gaz et en rendant la main !
Voici Monsieur Suzeau très alarmé qui arrive en trombe. Quant à moi, je redécolle aussi sec pour vérifier que c'est bien comme ça que ça se passe ! «Maintenant,me dit Bernard, rentre chez toi, tu vas piloter toute la nuit !».


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Un rassemblement à Villeneuve-Rogé:
Monsieur Pierre Mignet très entouré. Je lui présente mon appareil. «Voulez-vous l'essayer ?» Il acquiesce, visiblement flatté.

Mais quelle démonstration ! J'en suis tout remué. On me tend un micro. J'explose de joie. Des amateurs me demandent le plan. Monsieur Mignet accepte volontiers. C'est parti !

L'HM-293 attire les foules, peu sensibles à des machines modernes et coûteuses. Sa présentation est spartiate, tableau de bord très dépouillé, contreplaqué vernis incolore, entoilage enduit translucide, capotage alu poli. Je commence à avoir l'appareil bien en main. Un après-midi, je décolle impeccable, mais encore à basse altitude, mon moteur faiblit et grippe. Me voilà bien ! Devant moi, la zone industrielle, bâtiments, engins de chantier, buses en ciment. Je vire largement à 180 degrés, devant moi un verger de pommiers avec un chemin à tracteurs. Mon envergure passe juste, je décroche à un mètre du sol, l'appareil penche sur le côté droit. La rotule supérieure de l'amortisseur s'est brisée. Le capot touche le sol. À ma gauche une clairière, deux hommes discutent. Ils ne bronchent pas. Ont-ils pensé que c'était voulu ?

Bien sûr, je sors sans bobo ni courbature. On récupère l'appareil. Le moniteur dit que j'ai eu de la chance. Moi, je dis: Pas seulement ! Jamais incident ne me parut plus bienvenu. J'ai testé involontairement les possibilités extrêmes de mon HM-293 !
Aurais-je eu les mêmes chances de sauvegarde avec mon appareil s'il avait pesé 100 kg de plus ?

Depuis, le Fournier-École s'est écrasé, tuant l'élève-pilote et son moniteur. Ironie du sort !
J'ai 32 heures de vol sur mon appareil. Pas de brevet, pas d'assurance ; à quoi bon poser mon immatriculation ? À la réflexion, j'ai prouvé ce que j'avais à prouver, c'est-à-dire les qualités de l'appareil et ma détermination. Mes plans se vendent par centaines, des deux côtés de l'Atlantique. Dorénavant, je volerai par amateurs interposés. Suite logique de la brochure, le bulletin «L'amateur Formule Mignet» a été créé dans ce sens. Il a paru durant sept ans. Plusieurs sites Internet ont été créés par des amateurs internautes enthousiastes.

J'ai replié mes ailes et posé mon stylo, mais on voit maintenant des HM-293 un peu partout.
Quelle belle aventure, Monsieur Mignet !


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PESÉES

Fuselage avec ferrures: 16,46 kg
Atterrisseur complet plus freins: 10,14
Gouvernail (carcasse): 1,73
Plancher de 8: 1, 31
Pelle-siège: 0,46
Remplissage sous aile arrière: 0,16
Tableau de bord: 0,49
Couvercle fuselage: 1,33
Bâti-moteur: 1,76
Groupe motoprop., réduct. (Robin 32 cv), hélice Ø 1m 36: 37,73
Pot de détente: 1,46Cabane sans boulons: 1,62
Réservoir env. 22 l.: 1,20
Roue de queue complète: 0,92Capot réservoir: 0,40
Capot moteur: 2,60
Visière pare-brise: 0,27Ceinture: 0,20
Revêtement Dacron: 1,80Ferrures d'ailes, boulons, axes: 4,52Cde Gaz: 0,30
Support réservoir: 0,34Haubans (2) 0,30
Aile centrale supérieure (carcasse): 8,12
Aile centrale arrière (carcasse): 7,14
Bouts d'aile sup. la paire: 9,20
Bouts d'aile arrière. la paire: 5,90
Compte-tours + Badin: 0,60

Pesée en charge (Pilote 77 kg) HM-293 47 DG: 195 kg
Poids à vide: 195 - 77 = 118 kg
Poids sur la roulette de queue: 40 kg
Poids sur les roues du train principal: 77 + 78= 155 kg
Distance en mm entre axe train principal et roulette de queue: 2522 mm




Origine de l'article :
Rodolphe GRUNBERG, par l'entremise de Paul PONTOIS.



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