Fuselage: peinture acrylique


L’objectif de la mise en peinture est à la fois utilitaire et esthétique: protéger le fuselage, et obtenir un aspect de surface qu'on aimerait proche de la carrosserie automobile. Par souci écologique, on peut choisir d’utiliser une laque acrylique brillante, à passer au pistolet, pour éviter les solvants chimiques du genre white-spirit ou acétone... Mais est-ce vraiment une bonne idée? Récit...



L’ATELIER, LE MATÉRIEL


Pour peindre au pistolet, l'idéal est d'avoir une cabine de peinture sous la main. Une cabine de 4 m x 3 m se construit facilement avec des bâches en plastique. On évite ainsi d'envoyer de la peinture partout, mais ce n'est pas sans inconvénients. Le principal problème vient du brouillard qui se forme en quelques secondes dans la cabine lorsqu’on peint au pistolet. On en avale, on en respire, on en a dans les yeux: il est impératif de porter un masque de respiration sérieux. L’usage des lunettes est quasi impossible, car le brouillard se dépose dessus et on ne voit plus grand chose au bout de quelques secondes seulement. Mais peindre en fermant les yeux est acrobatique.
Ce brouillard a également pour effet de nuire au résultat, car les particules microscopiques qui le composent restent très longtemps en suspension dans l’air et se déposent doucement sur la peinture en partie sèche, qui perd alors une partie de sa brillance. Il faudrait une aspiration du brouillard pour éviter ce problème, et disposer d’une vraie cabine de peinture de professionnel.

FAIRE:

- Monter une cabine 4 x 3 m au moins.
- Acheter un très bon pistolet à peinture (réglages séparés des débits d'air et de peinture), capable de fonctionner avec peu de pression pour produire moins de brouillard.
- Porter un masque avec si possible apport d'air extérieur.

NE PAS FAIRE:

- Être pressé.
- Respirer les particules en suspension dans l'air: il est INDISPENSABLE d'utiliser un masque sérieux,
si possible avec apport d'air extérieur; cela étant d'autant plus important que la peinture contient des solvants
volatils. La peinture acrylique emploie l'eau comme solvant, mais il faut quand-même un bon masque.
- Bricoler un aspirateur de brouillard avec un vieil aspirateur ménager,
et s'en servir bêtement pour aspirer des vapeurs INFLAMMABLES!




LA PRÉPARATION DU SUPPORT


Pour obtenir le meilleur état de surface final, la préparation avant peinture est fondamentale, plus encore que l’opération de peinture elle-même. Il faut d’abord boucher les pores du bois. Un bouche-pores adapté à la peinture (acrylique, glycérophtalique ou autre) convient parfaitement. Un ami menuisier m’a conseillé d’utiliser un vernis cellulosique, qui a l’avantage de redresser les "poils" du CTP qu’on élimine ensuite par ponçage.
Mais je n’ai pas suivi ce conseil, et je me suis contenté de passer directement au rouleau 2 couches d’apprêt blanc (vendu sous la dénomination de "sous-couche acrylique"), que j’ai ensuite poncées avec du papier de verre fin. Mais cette sous couche acrylique a une surface extrêmement dure, qu’il est quasi impossible de poncer à la main avec du papier de verre fin. J’ai alors employé une petite ponceuse électrique triangulaire, qui m’a permis d’obtenir un résultat que j'estimais correct, alors qu'on voyait encore un peu la structure du CTP à certains endroits.
Croyant que la peinture serait assez efficace pour cacher ces petits défauts, j'ai entamé la mise en peinture par une première couche de fond en laque acrylique brillante. Erreur grave: les défauts se voyaient encore plus du fait de la brillance.

FAIRE:

- Acheter un stock suffisant de papier de verre et de papier à l'eau de carrossier.
- Poncer légèrement le CTP pour éliminer les petits défauts qui se verront sous la peinture.
- Bien dépoussiérer avant de passer au bouche-pores.
- Poncer/dépoussiérer entre chaque couche de fond.

NE PAS FAIRE:

- Ménager sa peine et économiser l'huile de coude.
- Penser que la peinture cachera les défauts.
- Négliger la préparation du fond.




LA MISE EN PEINTURE


J’aurais donc dû, avant de commencer la mise en peinture, passer une nouvelle couche d’apprêt blanc, poncer avec un papier de carrossier jusqu'à disparition des défauts visibles, et recommencer si nécessaire, afin qu’à aucun endroit la structure du CTP n’apparaisse.

M’enfonçant encore un peu plus dans mon erreur, j’ai passé une seconde couche de laque jaune. Pour éliminer les défauts visibles, le ponçage que j'ai effectué ensuite avec du papier à l’eau a été très important, et j’ai atteint à certains endroits la couche blanche d’apprêt, tandis qu'à certains autres, j’ai même atteint le CTP.

Au bout du compte, je me suis retrouvé avec des petites zones presque complètement dégarnies de l’apprêt, et d’autres avec une couche de jaune plus ou moins épaisse. C’était mal parti, mais au toucher l’état de surface était bon partout... Le papier de verre à l’eau (carrossier), permet d’obtenir un lissage excellent, sans effort colossal, même à la main.

J’aurais pu repartir de zéro en enlevant tout et en recommençant, mais j’ai préféré continuer comme ça.
Pour éliminer les défauts tout en facilitant l’accroche de la couche de peinture suivante, j’ai dépoli chaque couche avec un Scotch-Brite. Cette méthode fonctionne bien, et il suffit de 10 minutes de Scotch-Brite pour dépolir correctement tout le fuselage avant la couche suivante.

Malheureusement, les zones où j’avais atteint le CTP lors du premier ponçage, et qui ne bénéficiaient donc plus de la luminosité de la sous-couche blanche, restaient plus sombres et très visibles à travers la peinture jaune, qui s’est révélée assez peu couvrante. J’ai donc été contraint de multiplier les couches jaunes pour masquer complètement ces zones sombres. Il faut dire que pour éviter les coulures sur les côtés verticaux, je projetais à chaque fois un voile assez mince... Je n’ai pas compté le nombre de couches, mais je pense en avoir projeté au total 6 ou 7 couches! Ma méconnaissance de l’usage du pistolet à peinture (et la qualité déplorable du pistolet utilisé) a parfois provoqué de sérieux défauts d’aspect, et le ponçage à l’eau a fait disparaître plus d’une couche ratée. Consommation totale pour l’intérieur et l’extérieur du fuselage: 1,5 kg de peinture jaune, comprenant le gaspillage dû au nettoyage du pistolet, soit environ 800 à 900 g de peinture réellement appliquée.

Quand l’aspect d’une couche était correct, je passais quand-même un léger coup de papier à l’eau sur les zones que je ne trouvais pas assez lisses.

Je passe sur les péripéties du style coulures, peinture qui sèche trop vite pour cause de canicule, ou tentative de pistoler à l’extérieur alors qu’il y a un léger vent et que le séchage est instantané, mauvais réglage du pistolet, essai de passer une couche au rouleau produisant une surface granuleuse.

Si des poussières ou des fibres quelconques se retrouvent incrustées dans la peinture qui vient de sécher, le papier de verre à l’eau fait merveille pour les éliminer.

La dernière couche: c'est évidemment la plus critique. Pour éviter le dépôt du brouillard sur les zones déjà peintes, on peut peindre par demi-fuselage, en masquant le côté à ne pas peindre. Cela permet d’aller vite, donc de réduire le volume de brouillard, qui ne peut plus se déposer sur la zone masquée.

FAIRE:

- Première couche: légère en voile de fond, puis lissage/dépolissage au Scotch-Brite.
- Ensuite: couches légères croisées avec lissage/dépolissage et élimination des saletés collées à chaque fois.
- User et abuser du papier à l’eau de carrossier.
- Choisir de préférence une peinture couvrante. La peinture acrylique n'est pas un bon choix de ce point de vue.

NE PAS FAIRE:

- Peindre quand il fait trop chaud.
- Peindre dehors s'il y a le moindre souffle de vent.
- Faire un élevage de moucherons à proximité.
- S'énerver parce qu'on vient de rater une couche, ou parce qu'on sent qu'elle va l'être: la prochaine sera bonne...




POUR CONCLURE

La peinture acrylique doit être projetée par une température de moins de 20° si possible, car elle sèche vite. Il ne faut en mettre ni trop (elle coule), ni trop peu (elle ne se tend pas et la surface reste granuleuse). Le réglage du pistolet est très important et assez délicat, surtout si comme moi on s'acharne à employer un pistolet de bas de gamme. Pour voir si la projection de peinture est correcte, il faut observer la surface qu’on vient de pistoler à contre-jour: si le reflet est bien lisse, ne rien rajouter (ça pourrait couler); si le reflet est granuleux, on rajoute un passage léger, et encore un (très léger..), et encore un autre (très, très léger...), jusqu'à ce que ça devienne lisse et tendu. Tout ça est à faire à la plus grande vitesse possible, à cause du séchage très rapide.

Le fait de mouiller le sol semble améliorer le résultat. Je pense même que transformer la cabine de peinture en sauna (froid) avec un brouillard d’eau très léger permettrait de s’affranchir des problèmes de séchage trop rapide, du moins avec l'acrylique.

La peinture acrylique est – aux dires du professionnel qui me l’a vendue - difficile à appliquer au pistolet. Mais selon lui, l’application au rouleau donne le même résultat qu’au pistolet. Et ça, c’est totalement faux.
Pour confirmer que le choix d'une peinture acrylique n'était pas forcément une bonne idée, j’ai utilisé une laque glycérophtalique pour peindre le capot de réservoir. Eh bien, c’est beaucoup plus facile. Le pouvoir couvrant de cette peinture est très supérieur à celui de la peinture acrylique, et la surface se tend beaucoup mieux. Mauvais choix de départ, donc: j’aurais dû peindre le fuselage avec une peinture glycéro. Ou une peinture pour carrosserie …
Cela dit, le fuselage jaune de Mimile est au final assez joliment réussi: la peinture acrylique au pistolet permet quand-même d’obtenir une belle surface lisse, dans laquelle le paysage se reflète sans honte. Je regrette seulement d’avoir perdu beaucoup de temps pour obtenir ce résultat. Je ferai mieux la prochaine fois...



Origine de l’article: proposition de Jean-Pierre LALEVÉE
Texte: Jean-Pierre LALEVÉEL
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS



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