Démarrer la construction


Par Bruno CORBEAU

Pour bien démarrer la construction d'un Pou-du-Ciel et la mener à son terme dans de bonnes conditions, il est bon de respecter certains principes ...


 

ÉTUDIER LES PLANS


Avant de se lancer, il est nécessaire d'étudier soigneusement les plans, de les comprendre.

Les plans d'un Pou-du-Ciel, comme toute création humaine, comportent des petits défauts, inexactitudes ou imprécisions, dus à l'inattention du dessinateur, ou aux exigences de simplification des dessins. Mignet lui-même disait en substance: je ne dessine pas pour les imbéciles ; si vous ne savez pas lire les plans, les interpréter, c'est que vous n'êtes pas capable ; n'entreprenez pas la construction ...

Certains "défauts" sont repérables immédiatement ; d'autres ne se découvrent qu'en étudiant le plan de très près ; d'autres enfin ne se remarquent que quand on est devant le problème concret, alors que le travail est bien avancé. Mais aucun d'entre eux n'empêche de mener à bien la construction du Pou.


Au sujet de la liste du bois nécessaire pour la construction d'un Pou-du-Ciel, Paul PONTOIS donne un conseil fort intéressant:

"Le meilleur moyen (peut-être le seul) de connaître un plan à fond, avant de commencer la construction, c'est, selon moi, d'établir la nomenclature de tous les morceaux, aussi bien pour le bois que pour les tubes, avec leurs dimensions, et, quand nécessaire, en en recopiant le plan sur une feuille de papier. Cela oblige à "éplucher" chaque page et, quand par la suite on commence la construction, on sait de quoi l'on parle. C'est fastidieux au début, mais ça devient vite passionnant ..."


 

ÉVALUER SON BESOIN EN BOIS


Même si le plan de l'appareil que vous construisez fournit la nomenclature complète des bois, il convient de prévoir large, pour tenir compte des "chutes" inévitables et des défauts à éliminer: nœuds, poches de résine, fil tordu localement, lattes défectueuses ...

Le métrage de bois à prévoir en plus des longueurs définies par le plan dépend énormément de la qualité moyenne de votre approvisionnement.

Les conseils d'Henri MIGNET ("Le sport de l'air") :

«Je force un peu sur la quantité afin que vous puissiez choisir les meilleurs morceaux (....).

Avant de l'utiliser, éprouvez le bois: il doit être sain. Pas de couleur verdâtre rappelant le vermoulu. Au rabotage, il sent bon la résine. La ripe, tordue comme une ficelle, résiste à la traction.

Chaque latte, chaque baguette, minutieusement choisie, est pincée dans l'étau par un bout et tordue légèrement autour de sa longueur: elle ne doit ni casser, ni craquer.

Examiner de près: le fil droit ou faiblement oblique. Éliminez les nœuds et les fentes.»

 


 

S'ÉQUIPER


La liste de l'outillage nécessaire pour construire un Pou-du-ciel peut varier considérablement d'un amateur à un autre, et, dans une certaine mesure, d'un modèle d'appareil à un autre. L'outillage de base est celui de tout bon bricoleur. Sans taper forcément dans le très haut de gamme, prendre des outils de qualité correcte, car au bout du compte c'est bien moins cher que de l'outillage de bazar !

La table qui vous servira à assembler votre appareil doit être très plane et stable: un panneau d'aggloméré de 2500x1250x20 mm, bien calé pour être et rester parfaitement horizontal peut faire l'affaire pour le HM-293 (conseil de Rodolphe Grünberg).

 


 

S'ORGANISER


Pour travailler dans de bonnes conditions, il est nécessaire d'organiser son atelier. Le désordre ne ferait qu'intensifier les moments de découragement momentané que vous traverserez peut-être.

Le balai est un outil aussi utile que les autres.

Les conseils d'Henri MIGNET (notice HM360/HM380)

«Avant toute chose, j'ai commencé par me fabriquer 10 caissettes bois 100x200x300 pour ranger pointes, vis, boulons, écrous, rondelles, petits outils,... dans des boîtes en carton, 6 par caissette. Très tôt, il en fallut 10 autres.

Puis un meuble à étagères pour les caissettes.

Et une panoplie (panneau 80x200) devant l'établi, où sont suspendus tous les outils à main, coiffée d'une étagère pour pots de peinture, produits divers et flacons (essence, alcool, vernis...).

Ainsi on est organisé pour travailler vite et proprement.

Le désordre n'est pas admissible chez un amateur, pas plus que les tournevis ébréchés, ce qui diminue sa rapidité de travail, ses chances de succès, et confirme les moqueries silencieuses des voisins aux menottes potelées ...»

 


 

CONNAÎTRE SES LIMITES


On doit être adroit de ses mains pour construire un appareil volant, mais il faut savoir reconnaître ses limites.

Si l'on n'est pas bien équipé, le découpage des ferrures par exemple va constituer un point dur: dans le cas du HM293, il y en a vraiment beaucoup et il vaut mieux alors les acheter toutes découpées.

Il faut aussi savoir résister à la tentation de trop personnaliser son appareil: en voulant faire mieux, on fait souvent moins bien, voire dangereux...

Les conseils de Rodolphe GRÜNBERG (notice HM293)

«Mon mérite: habileté manuelle ? Persévérance ? Reproduire fidèlement ce qui est proposé. Ne pas chercher à innover, profiter de l'expérience acquise par des prédécesseurs expérimentés. On verra pour le prochain. Ainsi vous éviterez les échecs si fréquents dans ce genre d'entreprise.»

Les conseils d'Henri MIGNET ("Le sport de l'air")

«Voulez-vous voler comme moi ? Copiez-le exactement, sans rien y changer.

N'en faites pas à votre tête. Réservez à plus tard vos innovations, après que vous aurez 10 heures de vol. A ce moment, vous jugerez vos inventions sous un angle très différent, croyez-moi.»

 


 

CONSTRUIRE LÉGER


Le défaut de nombreux appareil est le poids qui dépasse largement ce qu'avait prévu le concepteur. Pourquoi ? On cherche à faire le plus bel avion, avec le plus grand confort, le meilleur équipement, etc. Les voitures modernes nous ont habitués à trop de confort. En aviation, le poids est un ennemi qu'il convient de traquer sans pitié !

Vérifiez la densité du bois que vous allez utiliser. N'ajoutez pas de renforts inutiles. Et un ULM n'a pas besoin d'une avionique d'Airbus. Redécouvrons donc le charme de la trapanelle dépouillée...

Les conseils de Jean DE LA FARGE ("Quelques conseils pratiques pour les HM290 et dérivés")

«Il faut construire léger et très léger, enlever tout ce qui n'est pas indispensable. J'ai mieux volé avec 25 CV qu'avec 35, parce que, tout simplement, le premier appareil était plus léger.»

 


 

SÉCURITÉ


Un aéronef doit rester d'une seule pièce en vol, c'est un principe de base !! Aussi toute action liée à la construction ou à l'entretien de l'appareil doit-elle être raisonnée en terme de sécurité du vol. Le choix des matériaux est important. Le soin apporté à leur mise en œuvre l'est tout autant. Usons et abusons des dispositifs de freinage de la visserie, même pour un vol d'essai très court. Tout assemblage (mécanique ou par collage) doit être bien réalisé, ou ne pas être.

Il est hors de question par exemple de réaliser un collage si la température n'est pas suffisante (ou trop élevée s'il est long) ou si tout n'est pas prêt (serre-joints et cales préparées, ...).

De même on ne montera pas une pièce si le moindre doute existe quant à sa qualité. La tranquillité d'esprit est à ce prix.


Les conseils d'Henri MIGNET ("Le sport de l'air")


«Ainsi donc, une sorte d'amitié, j'allais dire un fétichisme amoureux, vous fait considérer les matériaux choisis pour la construction spéciale que vous allez entreprendre comme devant être touchés avec des mains propres. Respectez la matière. Ne la brutalisez pas. Du bois n'est pas seulement de l'arbre ; c'est un longeron, une nervure. Regardez-le de près, voir s'il est sain.

"Low-loss" pour l'extérieur. "Minutie" pour l'intérieur. Finissez bien vos pièces ; abattez les angles vifs, grattez les points de rouille. Que les spectateurs vous félicitent de votre oeuvre (...).

Le Pou-du-ciel est une conception simple.

La plus élémentaire prudence dicte de ne confier sa vie qu'à des mécanismes simples. Simples et vérifiables.

Un boulon, un écrou, une goupille, quand ils sont accessibles peuvent être vérifiés (...).

Que tout le mécanisme, dans un aéronef, soit visible, accessible, vérifiable, facilement démontable. Alors il vivra. Sinon, il vous tuera. C'est la loi de la Nature (...).

Obsession: en construisant, limant, vissant, pensez qu'un jour prochain la pièce qui vous occupe vous tiendra suspendu dans le vide par mille mètres de creux...»

 



Origine de l’article: proposition de Bruno CORBEAU
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS
Pour toute question, correctif, mise au point, ajout: contacter l'auteur.

 


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