APPRENTISSAGE


Le texte qui suit figure dans la notice d'accompagnement du plan HM 360. Il a été rédigé par Henri Mignet lui-même en mars 1959.



L'Avion flambant neuf, mis en l'air et réglé par un "ancien" me regarde d'un œil narquois... Pas de biplace "Pou-du-Ciel" sous la main pour m'initier. Eh bien ! Je vais me débrouiller tout seul.


1°) Entraînement progressif. Diriger au sol de la main droite, contrôler le moteur de la main gauche. Pieds sur les freins. Des allers-retours, lentement d'abord, sens du vent, à l'heure creuse du déjeuner, ou très tôt, ou très tard (favorables au calme).


2°) Peu à peu plus vite, manche en avant, jusqu'à soulever la queue, seulement en allant contre le vent, jamais vent arrière où l'on doit rouler lentement (30 à l'heure).


3°) Encore plus vite, face au vent. Empêcher trop lever la queue en tirant doucement le manche à soi. Alors de petits bonds, parfois assez longs, au hasard des bosses. La tenue du manche révèle son importance. Une nouveauté pour vous : premier contact avec le sens de l'air. On sent que ça porte, et que soi-même on intervient. 50, 60 à l'étévé. Le bout de piste approche. Réduire le moteur. Répéter cela 10 fois, 20 fois. On vous regarde ? On attend que le lion mange le dompteur ? - Tant pis ! Ce ne sera pas encore pour cette fois. "Ils" n'en verront encore aujourd'hui pas plus qu'hier.
Pendant ce temps la machine se rode, et vous aussi. Ainsi apparaîtra la décrispation, jusqu'à savoir regarder tranquillement à la fois l'horizon, le bout de piste et l'étévé, en oubliant ses deux mains. Tout cela ne peut être digéré que lentement. Pénétrez-vous bien de ceci : "le sens de l'air" naît du mûrissement de vos réflexes, non pas pendant l'exercice, mais entre les séances. Séances courtes, 4 ou 5 allers-retours chaque fois, espacées d'un jour ou deux. Le gavage est indigeste.


4°) Le moment est arrivé de 2 baptêmes sur avion ordinaire, 1 chaque jour, pour savoir ce que c'est que d'être haut en l'air, et connaître le décor autour du terrain. Inutile piloter. Regarder.


5°) Temps à peu près calme. Tôt le matin. Mais pas le soleil de face. Décollage, franchement. On passe le bout de piste en riant ... Bye-bye ... Monter à 200 mètres droit devant. Etévé à 90 (vous aura dit l'ancien). Le moteur est à 2.500 ; réduire de 200 tours. Lente pression sur le manche, vers la gauche ; l'avion s'incline à gauche ... le paysage défile vers la droite ... Ça vire tout seul ... c'est merveilleux de douceur ... limiter l'inclinaison par retour du manche au milieu, voire même à droite pour redresser.
«Où suis-je ?» Voici la piste. Aller la prendre très loin, en arrière du point de départ, et bien aligné sur elle. Réduire à 1.000 tours. Tenir toujours le 90 à l'étévé. Réduire encore. Le sol approche. La sensation-vitesse réapparaît. Continuer en rase-motte remettant du moteur. Si vous êtes trop long, remettez ça et recommencez le tour de piste. Vous atterrissez comme vous avez déjà acquis l'habitude. Là ! C'est très bien ! Retour au parking, et ... discutons le coup.



Peu à peu, vous découvrirez votre vitesse optimum : de meilleure montée, de meilleure descente planée. Puis votre vitesse de croisière économique. Apprendrez les consignes de piste, les règlements de circulation aérienne. Passerez le CNRA. Obtiendrez le brevet de pilote ... et tout le reste ... qui est un Monde ! Ne confiez pas votre appareil à un pilote classique, s'il n'est déjà initié au "Pou-du-Ciel": il va vous le casser !

Henri Mignet


Origine de l’article: proposition de JP LALEVÉE
Texte: Henri MIGNET
Mise en ligne: Thibaut CAMMERMANS


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